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Lake Charles

États-Unis

Forte d’une histoire tissée par des Français, des Acadiens, des créoles et des immigrants d’autres continents, cette plaque tournante du sud-ouest de la Louisiane possède une personnalité unique.

En un coup d'oeil

Ville Lake Charles
État Louisiane
Pays États-Unis
Population 80 100
Fondateur Charles Sallier
Date de fondation 1800
Maire Randy Roach
Site touristique visitlakecharles.org
Site de la ville cityoflakecharles.com

Charles Sallier, un noble de second rang de Savoie, a été le premier colon européen à s’établir sur le site qui allait devenir Lac Charles, donnant son nom à la fois à l’étendue d’eau et à la ville. Plus tard, le colon anglais Jacob Ryan a balisé des rues et vendu des terrains aux nouveaux arrivants, nommant la colonie « Lac de Charlie » ou parfois seulement « le Lac ». L’endroit fut ensuite tour à tour appelé « Charlestown », puis « Charleston » au moment de sa constitution en municipalité en 1852, et finalement « Lac Charles » en 1867.

Sise en bordure du lac du même nom, Lac Charles se trouve sur la rive est de la rivière Calcasieu, dans le sud-ouest de la Louisiane, à environ 55 kilomètres de la frontière du Texas et à la même distance du golfe du Mexique. Elle est la plus grande ville et le siège de la paroisse de Calcasieu, une des rares en Louisiane à porter un nom amérindien et la seule nommée en l’honneur d’un Amérindien ayant existé. « Calcasieu », qui signifie « aigle criant », était le cri de guerre du chef suprême des Ishak (Attakapas) qui habitaient la région à l’arrivée des Européens.

Lac Charles est la plaque tournante du commerce, des services, de l’éducation, des loisirs, des soins de santé et des activités sociales d’une région de cinq paroisses civiles désignée sous le nom de sud-ouest de la Louisiane (ou Calcasieu Impérial). Si la région partage certaines caractéristiques sociales avec ses voisines, l’Acadiana francophone à l’est, centrée autour de Lafayette, et le sud-est anglophone du Texas, autour de Beaumont, la ville possède en revanche une personnalité bien distincte, conséquence de sa colonisation et de son développement par des gens de diverses nationalités.

Histoire francophone

L’établissement de Lac Charles s’inscrit dans le grand mouvement d’exploration et de colonisation françaises du centre de l’Amérique du Nord par le réseau hydrographique. Malgré l’obstacle que constituait la prairie de Calcasieu, des colons français et créoles francophones se trouvaient déjà dans la région de Lac Charles quand la Louisiane a été cédée aux Espagnols en 1763. Ils exploitaient des « vacheries » (des élevages de bovins sur grande surface) un peu partout dans le sud-ouest de l’État. À bien des égards, la culture des cowboys du Far West est issue de ces vacheries françaises. Des descendants de ces colons français et de ces créoles du Nouveau Monde composent une partie de la population actuelle de  Lac Charles.

Des Acadiens de l’est du Canada, dont la déportation s’était amorcée en 1755, ont commencé à arriver dans la colonie désormais espagnole. Parmi ceux qui se sont retrouvés sur les berges louisianaises, certains n’avaient aucun intérêt pour les plantations qui se développaient dans ces régions côtières; ils se sont donc aventurés dans les prairies, où ils ont pu élever du bétail, jardiner, pêcher et chasser. Leurs descendants représentent une grande proportion des habitants de Lac Charles.

Après les révoltes et l’insurrection dans les Caraïbes au tournant du 19e siècle, les planteurs francophones et les créoles métis des îles ont fui vers des endroits plus sûrs comme la Louisiane, où la langue n’était pas un obstacle à leur intégration. Bien que beaucoup de planteurs caraïbes aient repris en Louisiane les activités qu’ils pratiquaient en Haïti, d’autres, établis à l’extrémité ouest, ont choisi de changer complètement de vie. Les descendants de ces insulaires et planteurs créoles francophones font partie du paysage de Lac Charles.

C’est à ce moment de l’histoire qu’entre en scène le tristement célèbre corsaire ou pirate Jean Lafitte. Bien qu’on sache très peu de choses avec certitude à son sujet, il est établi que sa bande a visité les colons du sud-ouest de la Louisiane, tant avant la bataille de La Nouvelle-Orléans qu’après, et ce, au moins jusque dans les années 1820. Ses visites dans le sud-ouest de la Louisiane et la région du lac Charles ne tiennent pas du mythe. On sait qu’il avait un baraquement (ou barracoon) sur le bayou Contrebande (d’où le nom) du lac Charles à l’époque où Galveston lui servait de port d’attache. On croit que Charles Sallier, Michel de Pithon et la famille LeBleu, tous des pionniers attestés dans la région, étaient des « clients », voire des associés de Lafitte. Dans ces aventures picaresques, le français servait de lingua franca, de dénominateur commun entre les créoles, les cowboys, les Acadiens et les pirates.

Même après l’achat de la Louisiane par l’administration Jefferson en 1803, le territoire a continué de parler et de penser en français, malgré trois générations sous administration espagnole. L’éducation se faisait principalement en français, et c’est dans cette langue qu’on rédigeait les avis juridiques et les documents officiels. Les immigrants étaient rapidement francisés, le meilleur exemple étant les Allemands arrivés très tôt dans la jeune colonie sur l’initiative de John Law.

Or, après l’achat, les Américains se sont efforcés de consolider les titres sur l’ensemble de la Louisiane. Pendant un certain temps, ils ont contesté les frontières de l’État mexicain du Texas, tout juste à l’ouest du lac Charles. Pendant au moins deux générations, ce coin de la Louisiane a été considéré comme une zone inoccupée, exempte de milice gouvernementale, de policiers, de douaniers et d’administration fiscale. Ce statut officiel (jusqu’en 1830) a fait de cette zone une sorte de sanctuaire pour échapper à l’esclavage, à un mauvais mariage, aux dettes, à une mauvaise conjoncture ou à une vie autrement improductive. Pour un nouveau départ, il fallait partir « vers l’ouest », c’est-à-dire se rendre dans le sud-ouest de la Louisiane pour refaire sa vie. Et c’est ce qu’ont fait bon nombre de planteurs, de marchands et même d’esclaves francophones.

Encore au début du 20e siècle, les immigrants de l’Europe et du Levant choisissaient le sud-ouest de la Louisiane et le lac Charles pour refaire leur vie. Un des fils notables de la ville, le regretté Dr Michael DeBakey, appartenait à la première génération d’enfants de Libanais francophones ayant immigré de la Syrie et du Liban, alors sous mandat français, à la fin du 19e siècle.

Aujourd’hui, la ville de Lac Charles est un amalgame de diverses cultures et nationalités, la culture française étant sans équivoque deuxième en importance derrière l’anglo-américaine. Parfois entendu en public, le français est indissociable des célébrations dans les foires et les festivals. Dans le sud-ouest de la Louisiane, le Mardi gras conserve la tradition médiévale des campagnes françaises du « courir de Mardi gras » ou de la « course après le poulet », encore pratiquée avec ferveur dans la région. Par ailleurs, le lexique des cuisines acadienne et créole regorge de termes français. Le roux, la bisque, l’étouffée, le boudin et bien d’autres font partie du quotidien, tant dans les résidences que les restaurants de Lac Charles. La musique locale se compose encore en français, les jeunes participent à des cours en immersion complète et beaucoup de personnes parlent quotidiennement cette langue à la maison.

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