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Chroniques francophones

Au tout début de la colonisation du haut Mississippi


Vue aérienne de Prairie du Chien, aujourd'hui.
Crédit photo : City of Prairie du Chien, Wisconsin.

23 juin 2016

L'histoire de Prairie du Chien (une ville francophile du Wisconsin dont la prononciation anglicisée est 'prairie doo sheen') est l'histoire d'un pays éloigné aux frontières du fleuve Mississippi. Cette charmante communauté est en soi un fait français d'Amérique qu'il faut se souvenir.

L'approche de l'été était particulièrement chaude quand le père Jacques Marquette et Louis Jolliet, son compagnon canadien-français de la Ville de Québec, sont arrivés dans l'estuaire de la rivière Wisconsin. Là, ils ont vu devant eux le majestueux Mississippi, la grande voie navigable qu'ils étaient venus pour explorer. Leurs canots d'écorce ont glissé sans risque dans les eaux du puissant fleuve « avec une joie que je ne peux pas exprimer » a écrit Marquette. C'était le samedi 17 juin 1673 à proximité de l'actuelle Prairie du Chien, une zone au paysage somptueux.

En 1685, le Français Nicolas Perrot a érigé un poste de traite saisonnier qu'il a baptisé Fort Saint-Nicolas à l'extrémité sud de l'emplacement des plaines (prairie) encore sans nom qui avaient 14,5 kilomètres (9 miles) de long et qui se trouvaient juste au-dessus du confluent des deux cours d'eau. On raconte que le fort aurait été rénové en 1754 par Pierre Paul Marin, un Montréalais qui était le commandant du fort La Baye aujourd'hui la Ville de Green Bay.

Une fois les guerres autochtones terminées autour de 1764, les plaines sont devenues, deux fois par an, un important lieu de rassemblement pour les Premières Nations du Haut Mississippi et les commerçants de fourrures venus principalement du Canada et que les peuples indigènes appelaient « les hommes du nord » (les nordiques). Peaux de castor et autres fourrures étaient troquées pour des casseroles ou des fusils de chasse. Lors de ces grands rassemblements, le commerce s'accompagnait de jeux et de divertissements multiples pendant plusieurs semaines. À travers le continent ces « rendez-vous » étaient hautement populaires. Le commerce des fourrures (dominé par les Canadiens français) a défini la vie économique, sociale et culturelle de Prairie du Chien pendant plus d'un siècle jusqu'à l'arrivée du chemin de fer en avril 1857.

Michel Brisebois, né à Yamaska ​​au Québec, a été parmi les premiers colons de Prairie du Chien. Il est arrivé en 1781. Trente-neuf ans plus tard, il a souligné à un géomètre du gouvernement américain qu'à son arrivée il a appris que l'endroit porterait le nom d'une grande famille résidente appelée Des Chiens. Cette appellation aurait pu aussi être une variation phonétique ou écrite des noms de famille Deschenes / Duchaine qui remontent en Normandie, France. Par ailleurs, la Maison François Vertefeuille est aujourd'hui la plus vieille structure du Wisconsin sur son site d'origine. Cette cabane en rondins bien conservée a été anciennement la résidence du Canadien-français François Vertefeuille (dates inconnues). Elle est inscrite sur le registre national des lieux historiques des États-Unis.

Dans l'ancien cimetière français sur le chemin Frenchtown il y a une plaque communautaire de bronze qui se lit « Ici, sur la terre utilisée depuis longtemps par les Indiens, des Français ' hommes du nord' ont enterré leurs proches » (traduit de l'anglais). Elle rappelle aux visiteurs que Prairie du Chien était autrefois une communauté francophone dynamique. Sur cet écriteau, des noms de famille comme Amiote, Blondeau, Brisebois, Cardinal, Courtois, Courville, Gagnier, Gauselin, Kapi, La Batte, Lessard, Mason, Menard, Ouiellemette, Paquette, Pizanne, Rivard, Saint-Cyr, Trepanier, Urtubise, et beaucoup d'autres encore, rappellent l'avancement de l'Amérique avec son accent aigu. Souvenons-nous.

À propos de l'auteur

Jean-Pierre Bernier est un cadre retraité du secteur financier avec une passion ardente pour la francophonie en Amérique et sa fraternité.

Natif de la ville de Québec, il habite maintenant à Aurora, Ontario.

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