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Chroniques francophones

Je me souviens de la francophonie Chez les Cansez


Les fontaines de Kansas City.
Crédit photo : kcfountains.com

28 juillet 2016

Kansas City (KC) est aujourd’hui une métropole régionale de 2,34 millions d’habitants. À l’échelle du monde, elle se distingue très bien avec ses centaines de fontaines majestueuses qui lui donnent un air de royauté. À ses débuts, cette communauté située au confluent de la rivière Kansas et du fleuve Missouri était entièrement francophone. Son histoire est affichée en français et en anglais sur la place publique à travers une série de plaques commémoratives qui rappellent ici et là le riche patrimoine français de cette grande ville d’Amérique. On la surnomme souvent la Ville des fontaines et aussi le Paris des plaines.

C’est vers la fin des années 1700 que les premiers colons francophones commencèrent à arriver à KC. Ils venaient du Pays des Illinois, des Grands Lacs et de la vallée du Saint-Laurent en quête d’une vie meilleure. Leurs travaux, chansons, joies de vivre et fêtes étaient disséminés sur une multitude de petites exploitations agricoles d’une superficie d’un arpent. Ils vivaient confortablement groupés autour de l’église Saint-François Régis construite en troncs d’arbres par les paroissiens sur un lopin de terre donné par Pierre La Liberté. La cloche de l’église est conservée à l’Académie Sainte-Thérèse.

On dit que Jean-Baptiste Charbonneau, un pionnier chevronné dans l’histoire de l’Ouest américain, a pu être l’un des premiers résidants du nouveau village alors appelé Chez les Cansez, nom d’origine de KC. Des commerçants du pays guidés par Étienne Provost né à Chambly, Québec, ont été les précurseurs du célèbre chemin de Santa Fé, plus de 70 ans avant son ouverture aux caravanes de chariots organisées. Ces chefs de file ont déployé fièrement la francophonie d’Amérique et son accent jusqu’au Nouveau-Mexique et au-delà. KC a pris son essor économique dans la traite des fourrures avec l’arrivée de François Chouteau en 1821. Son esprit d’entreprise lui a valu le titre honorifique de Père fondateur de KC.

Bénédict Roux, un missionnaire, fut le premier curé de la paroisse. Tous les actes de naissance, de mariage et de décès étaient rédigés en latin et en français. Dans le vieux cimetière derrière l’église la plus intéressante tombe est probablement celle de Jacques Fournais (dit Vieux Pino), un Québécois qui vécut jusqu’à l’âge de 124 ans et qui fut témoin de la bataille des Plaines d’Abraham en septembre 1759 alors qu’il fendait du bois avec son père à l’âge de douze ans.

Pareillement à Montréal (1642), Détroit (1701), La Nouvelle-Orléans (1718) et Saint-Louis (1764), le carré du vieux marché de KC et ses rues avoisinantes étaient toutes à angle droit carrément orientées par rapport au fleuve, plutôt qu’une orientation est-ouest, un design préféré par les Yankees. Il s’agit là d’un fait français notable en Amérique qui ne doit pas tomber dans l’oubli. Car notre richesse, ce sont nos souvenirs disait François Hertel, membre de l'Académie canadienne-française.

Comme c’est le cas du tricolore étoilé du drapeau acadien, de la fleur de lys sur le drapeau de la Ville de Montréal et sur le blason doré de l’État du Dakota du Nord, de même que des trois bandes verticales bleu, blanc, rouge du drapeau de l’État d’Iowa, le tricolore du drapeau de la Ville de Kansas City au Missouri rappelle l’élément français qui, le premier, s’est établi sur le sol de KC. Chez les Cansez, la francophonie allait de pair avec la vie de tous les jours.

À propos de l'auteur

Jean-Pierre Bernier est un cadre retraité du secteur financier avec une passion ardente pour la francophonie en Amérique et sa fraternité.

Natif de la ville de Québec, il habite maintenant à Aurora, Ontario.

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